Procès libyen : Brice Hortefeux invoque un « piège » pour expliquer sa rencontre avec un commanditaire d'attentat
L'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a livré, devant la cour d'appel de Paris, un récit pour le moins singulier pour justifier sa présence, en décembre 2005, au domicile d'Abdallah Senoussi. Ce dernier n'est autre que le beau-frère de Kadhafi et le commanditaire reconnu de l'attentat contre le vol UTA 772 en 1989, qui avait coûté la vie à 170 personnes. Face aux juges, Hortefeux a maintenu avec force qu'il ignorait totalement l'identité et le lourd passé judiciaire de son hôte ce jour-là, dépeignant la scène comme un « piège » dans lequel il serait tombé.
Cette rencontre est au cœur de l'enquête sur les soupçons de financements libyens de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Les magistrats cherchent à comprendre la nature et l'objet de ce rendez-vous, intervenu dans un contexte de relations franco-libyennes complexes. La défense de l'ancien ministre s'articule autour d'une méconnaissance complète, présentant Hortefeux en victime d'une manœuvre dont il n'aurait percé ni les acteurs ni les enjeux à l'époque.
L'audience a mis en lumière les tensions persistantes autour de cette affaire historique. La version de Brice Hortefeux, qualifiée « d'abracadabrantesque » par Mediapart, place la justice face à un récit qui, s'il était retenu, pourrait disculper le principal intéressé de toute conscience des liens de son interlocuteur avec le terrorisme. Cette stratégie défensive est scrutée à l'aune des autres éléments du dossier, alors que le procès en appel cherche à établir les véritables circuits d'influence et de financement entre la Libye de Kadhafi et le sommet de l'État français.