Stéphane Audoin-Rouzeau : l'historien alerte sur notre « déni de guerre » et un temps « d’avant-guerre »
L’historien Stéphane Audoin-Rouzeau lance un avertissement sévère : nous serions déjà entrés dans un temps « d’avant-guerre ». Dans son nouvel ouvrage « Notre déni de guerre » publié au Seuil, il analyse la régression actuelle des formes de la guerre, une évolution qui nous concerne directement et qu’une grande partie de la société refuse de voir. Ce diagnostic place la notion de déni au cœur de la compréhension de notre époque, suggérant une incapacité collective à affronter la réalité des conflits contemporains et leurs implications pour l’Occident.
Audoin-Rouzeau établit un parallèle entre deux terrains de lutte majeurs, l’Iran et l’Ukraine, pour illustrer cette transformation. Son analyse cherche à identifier à la fois les ponts et les différences fondamentales entre ces conflits, qui, malgré leurs spécificités, participeraient d’une même dynamique globale de régression. Cette approche comparative vise à dépasser le traitement médiatique fragmenté et à révéler les logiques profondes à l’œuvre, que le « déni » ambiant contribue à masquer.
L’intervention de l’historien dépasse le cadre académique pour constituer un signal d’alarme politique et sociétal. En qualifiant notre période d’« avant-guerre », il exerce une pression intellectuelle sur les décideurs et l’opinion publique, les enjoignant à sortir d’un état de conscience qu’il juge dangereusement inadapté. Le livre place ainsi sous scrutiny notre rapport collectif à la violence organisée et interroge la capacité des démocraties à faire face à une conflictualité dont les formes se dégradent, avec les risques stratégiques que cela comporte.