Le Conseil d'État enterre la réponse graduée : 17 ans de bataille juridique contre Hadopi et l'Arcom
Le Conseil d'État a tranché. Dans une décision qui scelle probablement l'aboutissement d'un dossier vieux de dix-sept ans, la plus haute juridiction administrative française a jugé que le dispositif de « réponse graduée » — pilier historique de la lutte antipiratage portée d'abord par Hadopi, puis par l'Arcom depuis 2021 — n'est pas conforme au droit européen. L'autorité judiciaire donne ainsi en partie raison à La Quadrature du Net, la FDN, Franciliens.net et la FFDN, qui l'avaient saisie pour demander l'annulation du décret du 5 mars 2010 à l'origine du mécanisme.
Concrètement, ce système permettait aux autorités de prononcer des sanctions progressives — avertissements, puis lourdes amendes — à l'encontre d'internautes suspectés de télécharger ou de partager des œuvres protégées sans autorisation. Mis en place sous le mandat d'Hadopi, le dispositif a survécu au transfert de compétence vers l'Arcom en 2021. Mais sa conformité au cadre juridique européen n'a jamais cessé de faire l'objet de contestations. Les associations requérantes estimaient que le mécanisme portait atteinte aux libertés fondamentales, notamment au droit à un procès équitable et à la protection de la vie privée, en imposant des sanctions sans intervention préalable d'un juge.
Cette décision soulève désormais des questions sur l'avenir de la politique française de lutte contre le piratage en ligne. L'Arcom, qui exploite le dispositif depuis trois ans, se retrouve sous pression pour adapter ses pratiques ou concevoir un nouveau cadre. Sans remettre en cause la nécessité de protéger les droits des créateurs, le Conseil d'État ouvre une brèche juridique que les acteurs du secteur devront很快 combler. La balle est désormais dans le camp du régulateur.